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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 01:56

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Extrait du roman celte L'Aigle Arverne   la formidable saga celte L'Aigle Arverne et Arianrhod

 

 

L'Aigle Arverne suivi de : Arianrhod

 

Extrait du premier volume de cette magnifique saga celte

De Marie Roca/Ormhael

 

Présenté

par Anaïc et Louis.

 

 

 

Nous aimons la lecture, mais lorsque nous avons découvert cette grande oeuvre que constitue cette saga celte en deux volumes, nous avons oublié que nous étions en train de lire, car nous étions bel et bien plongés dans cette époque, parmi nos ancêtres celtes, et nous y étions avec tant de puissance que nous avons senti vibrer toute cette histoire, comme s'il suffisait de la lire pour la faire revivre en nos gènes. Depuis, quelque chose s'est éveillé en nous.

Nous n'avons pas seulement lu, mais relu les deux volumes, alors, nous pourrions en parler des heures, mais la plus grande preuve de notre enthousiasme, c'est le partage qui résulte de cette lecture; un club de fans, qui décide d'ouvrir un blog pour parler surtout des celtes, et puis de culture, de nature, de santé...

Cette saga, superbement écrite par l'une des meilleures romancières françaises,  méritait un très grand éditeur, mais tout étant affaire de relations, dont on dispose ou non, elle n'a qu'un tout petit éditeur. C'est d'autant plus lamentable que cet auteur a obtenu de nombreux prix littéraires, dont pour cette oeuvre, au stade du manuscrit.

Nous vous mettons un extrait du premier volume, et nous vous mettrons dans l'article suivant, la copie du bon de commande direct chez l'éditeur, sinon vous pouvez commander par votre FNAC ou votre libraire.

Les deux romans qui se suivent de cette saga, peuvent être commandé par votre librairie, votre Fnac, ou directement à l'éditeur, selon les conditions que vous pouvez voir après l'extrait du livre.

Nous n'avons pu mettre qu'une partie du premier chapitre.
Nota bene : L'auteur restitue les vrais noms celtes, hors déformations par le latin.  On découvre dans cet extrait, qu'avant l'arrivée des celtes, des peuples étaient déjà installés, avec lesquels les celtes ont fusionné, sauf quelques-uns, nommés borris, mot qui donne la racine de bourreau, et à vous de voir pourquoi ces peuples numériquement peu nombreux, n'étaient pas intégrables à des peuples évolués.


 

Chapitre premier

 

           La moiteur estivale empèse tout effort. D’un gracieux mouvement de tête, Eloïssa ramène sur sa nuque sa lourde natte blonde, pose la seille débordante d’eau fraîche et s’éponge le front.

    

     De noble condition, l’épouse du chef de Kronaith s’estime heureuse de ne pas affronter l’ardeur solaire, dos ployé dans les champs. Portant son regard vers l’entrée du village, Eloïssa évalue l’avancement des travaux de restauration de la palissade d’enceinte. Si seulement elle avait su persuader Elivabros son époux, d’édifier une solide enceinte de pierres et troncs mêlés, semblable à celle de Kwercobie, sa cité natale ! Elivabros lui a remontré la moindre importance de leur dunon, en regard du grand oppidun arverne.  La jeune femme se félicite de la sagesse du chef de Kronaith ; son époux a raison ; Leur village ne saurait être menacé, du reste, ses guerriers sont parmi les mieux entraînés du pays arverne !

 

     D’implantation fort ancienne, le village s’enroule autour d’une aire centrale sacralisée par le poteau emblème de bois sculpté, érigé au centre de l’aire. De ce point d’ancrage de l’ancestralité, chacun peut lorsqu’il le désire, entrer en relation avec les ancêtres en Teutatès. A quelques pas, se dresse un second poteau, moins haut et ne portant guère que les symboles indicateurs des phases lunaires, et partant de chacun de ces signes, des encoches régulièrement taillées. Dans l’une d’elles est enfichée une petite cale mobile, dont l’emplacement chaque jour changé par le druide, indique à quel moment de quelle phase lunaire on se situe. Au regard de chaque encoche de ce calendrier, est percé un petit trou dans lequel on glisse un cylindre de bois rouge symbolisant la fête à venir ; ainsi chacun peut-il repérer en permanence toute indication relative au décompte du temps, au nombre de jours le séparant de la prochaine célébration, dans la mesure où celle-ci n’excède pas une lunaison.

 

     - Laisse-moi porter ces seaux !

Le timbre assuré désigne l’homme conscient de son ascendant sur autrui. Intransigeance, volonté ferme, autorité ? Le regard bleu d’acier du chef de Kronaith traduit tout cela à la fois. De haute taille, l’homme porte une longue chevelure châtain, et les pointes de ses moustaches sont tirées en direction du menton.

     - Elivabros ! Je te croyais aux champs, inspectant les moissons.

- Inutile de m’attarder en plein soleil ! Ils en auront bientôt fini. La table est-elle dressée à la maison commune ?

- Les moissonneurs ont de quoi se restaurer; tout est prêt.

- En ce cas, il n’est qu’à les attendre. - dit Elivabros, posant la seille à l’intérieur de la maison. - A propos, où est Apténios ?

- Ecoute sa flûte... Le barde donne sa leçon au verger.

- La flûte ! L’héritier du meilleur sang arverne, le descendant du roi Luern prétendrait-il devenir barde ?

- Tu exagères, Eli ! Ton fils manque t’il de vaillance à l’entraînement aux armes ? Toi l’instructeur, tu en sais plus que moi à ce sujet ! La musique lui fait du bien, d’ailleurs c’est de mon clan, et précisément de son aïeul qu’il tient ce talent...

- Sa chevelure, ses traits, ses talents... Je finis par croire qu’Apténios est l’enfant d’un seul clan : le tien !

- Il me suffit de l’écouter, de le regarder agir, et je vois combien il te ressemble ! Peut-être aurions-nous dû le confier en tutelle, non pas chez celui qui me sert de frère, moi aussi je hais Gobignatos, mais chez un ami, dans un autre village.

- J’y ai parfois songé, mais nos autres enfants sont morts... J’ai songé que tu te sentirais bien seule... Il partira lorsqu’il aura atteint l’âge d’homme. A douze ans, il a encore à apprendre !

Peut-être quelques larmes embuent-elles son regard. Elle se rapproche de son époux, dans l’aveuglant jet de lumière que la porte ouverte invite à inonder la pièce.

     - Merci Eli... merci d’avoir songé à moi.

 

***

 

           Au sortir de la forêt, à une demi-lieue du village, l’herbe haute et sèche dévale un flanc de colline. Brisée entre les doigts, la paille dévoile un canal presque cylindrique ; aplanies, les longues pailles de diverses variétés sont tressées pour façonner des cibles d’archerie. Le jeune Apténios repère les pailles sauvages dont les teintes s’harmoniseront à celles de l’orge et du seigle, la cible alternant des zones distinctes. Apténios s’immobilise. Son regard saisit une image stupéfiante... A quelques pas, cette gamine, Véda, porte d’étranges bracelets ondulants, entrelacés... La fillette agite les bras en mouvements lents, ordonnés. Serpents, vipères... il ne s’agit ni de couleuvres ni d’orvets ! Apténios jurerait que l’un des reptiles est d’une espèce des plus venimeuses. Il s’éponge le front, porte la main à son couteau. On le saisit au bras.

     - Du calme ! Véda sait ce qu’elle fait. Elle ne risque rien.

- Odoéios- dit Apténios au druide, je ne comprends pas.

L’homme aux très longs cheveux blancs, sourit :

- Ferme les yeux, Apténios... Sens-tu sous tes pieds, circuler l’énergie souterraine, la Nwyvre ? Pas encore assez ! Les serpents sont harmonisés à cette énergie. Quiconque sait être assez paisible pour se couler dans cette harmonie, peut aisément manipuler les reptiles... à condition toutefois de ne pas éprouver de répulsion envers eux.

     Ils se taisent. Véda qui vient de jeter l’un des reptiles dans le sens ascendant de la pente, saisit le second par la tête, et d’un geste assuré s’en défait. Trois, quatre, cinq serpents s’enroulaient autour de ses poignets. Elle a six ans, se vêt souvent en garçon et sera bientôt l’élève du druide Odoéios. Sa chevelure flamboyante, la puissance de son regard vert inquiètent ou fascinent. Vraiment, étrange petite fille, cette Véda !

 

***

 

           Par ces temps caniculaires, agréablement ombragée de tilleuls, la fontaine constitue le lieu de rassemblement privilégié des femmes, lorsqu’elles ne se rendent pas aux champs. Assises sur des bancs, plusieurs cousent ou brodent. Alda et Eloïssa frangent une tenture de chanvre, destinée à orner l’un des murs de la maison commune, vaste pièce chauffée l’hiver. A la morne saison, on aime se retrouver dans la maison commune pour effectuer en agréable compagnie, divers travaux artisanaux, mais c’est aussi là que se tiennent le conseil de village et le conseil des guerriers.

           Pour plus d’un enfant du village, Alda serait la grand-mère idéale, si sereine et si belle en dépit des rides et des cheveux gris relevés haut sur la nuque. A l’encontre des apparences, Alda est la mère de la toute jeune disciple du druide Odoéios.

     -  Je te vois très soucieuse, dit Alda à sa compagne.

     - J’ai le sentiment – dit Eloïssa - qu’une grande ombre plane sur la terre arverne... une ombre rouge sang, glaciale comme l’effroi, tumultueuse, grinçante comme la burle des tempêtes... la désolation toque à nos portes... ou nous sommes aux portes de la désolation... je ne sais...

- Ce beau ciel devrait te remontrer l’inanité de ton angoisse, dit Alda, prenant entre ses mains, la longue main d’Eloïssa. Et si nous allions écouter le barde et ses musiciens ?

- Non. Finissons l’ouvrage, il en manque si peu !

Elle n’a guère le temps d’en dire plus.

           Les sabots d’un cheval au galop martèlent le sol. Les chiens aboient vivement. Le cavalier franchit la porte. Marmaille agrippée aux jupes, les femmes se précipitent vers l’enceinte, lorsque hors d’haleine, un cavalier âgé fait irruption. Aprilios est habituellement messager de Keltil, chef de Kwercobie et des arvernes. L’extrême pâleur de l’homme comme la tension tragique de ses traits n’annoncent rien de bon. L’enfant qu’il tient devant lui, bambin blond, livide, au regard perdu, ce petit garçon vêtu couleur ciel, Eloïssa le reconnaît, le prend contre elle.

     - Keltil et son épouse, ta soeur... ce petit a vu mourir ses parents...

La tragédie, l’horreur... Il faut peu de mots pour les transmettre. Eloïssa tremble, l’enfant tremble aussi... Sa soeur, son beau-frère, le valeureux Keltil, morts...

     Alda prend en charge le petit, le fait asseoir sur le banc, le cajole. A voix basse, le vieux messager livre son récit.

     - Au moment du repas, la porte était ouverte. Des cavaliers firent irruption... Ils ont poignardé Keltil et son épouse, mais ont épargné le fils de Keltil et fui hors les murs. Je n’ai pas hésité... l’enfant sera mieux ici.

- Tu as bien fait Aprilios, dit Elivabros que nul n’a vu surgir, suis-moi, je réunis le conseil des guerriers. Eloïssa, est-ce que ça ira ? Il a un geste tendre pour elle ; cachant ses larmes, elle se tourne vers le petit, cajolé par Alda. Ce jour, ce neveu orphelin devient son deuxième fils.

     Prostré, regard figé dans l’obsédant souvenir du massacre de ses parents, l’enfant n’accepte ni ne refuse le gobelet d’eau que lui présente Alda. Sa tunique couleur ciel, porte une large souillure de sang séché, dont la vue fait horreur à Eloïssa... le sang de Keltil ou peut-être, le sang de sa propre sœur à elle...

     - Tu étais très petit la dernière fois que je t’ai vu. Je suis ta tante Eloïssa. Le verger n’est pas loin. Viens Verking-Etorix, je vais te présenter à ton cousin.

  Les élèves du barde ne sont pas tous des enfants, loin s’en faut. Des adultes figurent parmi les flûtistes et percussionnistes. Attentifs, appliqués, guerriers, artisans, hommes, femmes, enfants, tous sont sensibles à l’harmonie sacrée de la musique. Alda, Eloïssa et l’enfant s’immobilisent à distance des musiciens. Le visage rond et barbu de Gwenaios le barde inspire la jovialité, la sincérité et une belle disposition au bonheur que ses élèves aiment partager, aussi, lorsqu’il interrompt le jeu de l’un des jeunes flûtistes, debout au milieu de l’assemblée, celui-ci semble t’il boire chacun de ses mots :

           Le haut du village, où s’élève la tour de guet contrôlant la vallée, conserve les vestiges de l’antique mur d’enceinte bâti de pierres. De section carrée, la tour de pierre grise fut naguère surélevée d’un étage de bois et coiffée d’une toiture de chaume. De jour, la tour dressée au sommet de la colline fournit un excellent poste d’observation des voies desservant Kwercobie, la capitale arverne. De largeur honorable et bien entretenue, la route reliant territoires arvernes et ségusiaves constitue la principale chaussée carrossable du pays. La vocation commerciale de cette voie, se double d’une grande importance stratégique, aussi, de par leur position dominante, Kronaith mais aussi Kwernis, village en vis-à-vis sur la colline opposée, constituent-ils les principaux verrous de sûreté du grand oppidun de Kwercobie. En cas de mouvement suspect, Kronaith a tôt fait de prévenir Kwercobie, ce qui justifie la considération privilégiée dont jouit le dunon, Kwercobie le dotant d’une importante redevance annuelle, la charge d’entretien de la voie étant partagée entre Kronaith et Kwernis. Financée par les péages prélevés sur les marchandises non alimentaires entrant dans Kwercobie, équitablement répartie entre chaque foyer, cette redevance annuelle enrichit Kronaith. De fait, des marchands ségusiaves, aussi discrets qu’avisés, écoulent une partie de leur chargement à Kronaith. Soustraite au péage de la grande cité, cette marchandise est avantageusement achetée à Kronaith, laissant toutefois aux marchands une marge substantielle. Ainsi, marchands ségusiaves et acheteurs du dunon y trouvent-ils leur compte. Cependant, afin que le transit de marchandises n’en souffre globalement pas, les chefs des deux villages avant-postés limitent sciemment les achats effectués dans leur dunon avant enregistrement des marchandises importées à Kwercobie.

     - Non Apténios ! Au-dessous de toi, le sol, les bruissements des eaux souterraines dont tu dois ressentir l’énergie : la Nwyvre, la force tellurique, et la sève qui court des racines jusqu’au sommet des arbres !  Au-dessus de toi, à l’infini, les corps célestes : soleil, lune, étoiles : l’énergie du flux cosmique. Entre les deux, l’Homme, toi Apténios et ton souffle, tributaire de ces deux énergies en toi reliées. Inspire, puis laisse monter en toi par l’axe vertébral, la grande force tellurique. Ce lien établi, en conscience et gratitude, en transcendance lorsque corps et âme vibrent à l’unisson de la création, livre cette mélodie !

Un instant, le jeune flûtiste ferme les yeux. Limpides, les premiers sons embrassent l’espace silencieux, s’affinent, se lient et se modulent avec art. Ce sont les sons de la Vie. Pour la première fois depuis son entrée dans le village, le fils de Keltil dirige son regard vers le présent. L’enchantement produit par cette musique ne ressemble à rien de ce qu’il a connu. De sa harpe, le barde accompagne le son pulsé avec grâce et puissance par le jeune flûtiste. Les deux musiciens semblent portés par la transparence de l’air, tandis que s’apaise l’harmonieuse mélodie.

Quelques mots chuchotés à l’oreille du barde puis à celle du jeune flûtiste aux longs cheveux blond roux, leur présentent la situation. A onze ans, Apténios est investi d’une mission délicate : puisque son cousin doit surmonter l’écrasante douleur d’une odieuse tragédie, il mettra tout en oeuvre pour l’y aider. Le petit quant à lui, dévisage le flûtiste ; auprès de lui, il se sent immédiatement en confiance.

     - Je suis Apténios, ton cousin. J’ai un poulain très mignon. Allons le voir !

 A cause de la chaleur, mais aussi pour recevoir plus de lumière, la porte de la salle commune demeure ouverte. Sans trop s’approcher, Garios le fils du menuisier, et quelques autres jeunes ne perdent pas une miette de ce qu’il se dit à l’intérieur. La gravité de la situation les rend aussi anxieux que leurs aînés. Gobignatos devenu maître de Kwercobie, cet ami des romains, si jaloux de Keltil n’a t’il pas organisé lui-même le meurtre de son beau-frère ? Il y aura t’il guerre civile entre arvernes partisans du projet de Keltil, visant à l’unification politique et stratégique des celtes de toutes tribus, et arvernes tentés par le rapprochement avec les romains préconisé par Gobignatos ? Une guerre fratricide entre gens d’un même peuple, Garios ne peut l’envisager. Si seulement Apténios, son meilleur ami pouvait être à ses côtés, il lui dirait ce qu’il faut penser de tout cela, mais pour l’heure, Apténios, fils d’Elivabros chef de Kronaith, demeure auprès de son jeune cousin, dont les parents viennent d’être massacrés.

 

     Ignorant le haut fauteuil d’osier disposé pour lui, le chef de Kronaith se tient droit adossé contre le mur, bras haut croisés sur le torse, selon la posture que tous lui connaissent. Attentif aux propos du druide résumant la situation, il ne décroise les bras que pour s’avancer vers les bancs occupés par ses guerriers, lorsque advient son tour de parole.

     - Odéios notre druide a bien parlé. Pas plus que lui je ne souhaite un bain de sang en terre arverne. Toutefois, Kwercobie est désormais aux mains d’un homme sans mérite, pervers et à n’en pas douter, assassin de la fille de son père adoptif, et de l’époux de celle-ci, le valeureux Keltil. Devant la couardise de son fils adoptif, mon beau-père n’avait pas voulu lui léguer un autre nom que celui qu’il garde à jamais : Gobignatos, fils donné ! Nul  sang noble n’abreuve ses veines et la bassesse de son âme ne peut lui faire déployer le moindre des mérites requis pour son élévation à ce rang ! Dans les jours à venir, de nombreuses palabres se tiendront entre villages ; mon propos sera celui-ci : à moins d’un soulèvement populaire de Kwercobie contre Gobignatos et ses partisans, nous n’entrerons pas en guerre !

     Des guerriers, parmi les plus jeunes protestent de leur volonté de renverser l’usurpateur. Levant la main, Elivabros obtient le silence.

     -  A l’heure qu’il est, la porte de Kwercobie doit être close, et tous les partisans de Keltil mis à mort... du moins, parmi ceux portant les armes... Reste le peuple, et si le peuple de l’oppidunon se révolte tout de suite, Gobignatos sera renversé et son successeur pourrait hâter la mise en oeuvre de la grande idée de Keltil, mais si la nuit passe sans soulèvement populaire, Gobignatos restera maître des destinées du peuple arverne. Plus question pour nous d’aller à Kwercobie, en quelque occasion que ce soit !

- Et la garnison, ne va t’elle pas réagir ?

- Gobignatos cherchera ta mort Elivabros ! - dit un guerrier âgé - N’es-tu pas en quelque sorte, le successeur naturel de Keltil ?

- Pour l’heure la garnison est menée par un homme à la solde de Gobignatos ! Quant à prendre en charge la destinée du peuple arverne, ce n’est pas mon ambition, et je n’ai rien fait pour accréditer cette idée. Toutefois, s’il advenait que le peuple ne puisse compter que sur moi, je saurais tirer leçon du sort réservé à Keltil ! Je renforcerais la garnison, et sans pitié, je nettoierais non seulement Kwercobie mais toute la nation arverne, des guerriers et des nobles partisans des romains, puis, je fédérerais toutes les nations celtes de Keltie continentale mais aussi des îles, et nous représenterions de nouveau une force supérieure à celle des romains ! Que mes propos prennent valeur d’un serment inaliénable fait au peuple arverne devant cette assemblée !

- Pourquoi attendre ? - ose un homme d’âge mûr - Le soulèvement de Kwercobie peut aussi bien être provoqué par une attaque extérieure, et il suffit de masser un grand nombre d’hommes en armes devant la cité pour que le peuple réagisse !

 

- Si je nous compte ici, nous sommes soixante-douze guerriers. Je déduis la quinzaine d’entre vous trop âgés pour combattre, et nous ne sommes plus que cinquante-sept, y inclus les jeunes qui viennent de recevoir leurs armes. En face, à Kwernis, on ne peut guère compter que sur quarante hommes, et nous sommes les deux villages les plus armés ! Le temps pour nous de regrouper une armée, nul ne sera plus en état de s’opposer dans Kwercobie ! Une garnison suit son maître, surtout lorsque, comme à Kwercobie, elle est en partie composée de mercenaires, recrutés par Gobignatos lui-même ! Keltil avait les qualités d’un grand chef, cependant, il fut mal avisé de déléguer à Gobignatos des prérogatives telle celle du contrôle de la garnison. La citadelle fut conçue pour être imprenable de l’extérieur... cinq mille hommes ne la feraient pas vaciller ! Un espoir subsiste : la pression populaire retournant la garnison contre Gobignatos... Tout se joue en ce moment même à Kwercobie ! La décision d’attendre s’impose à moi, comme unique attitude sensée. J’ai exposé mes considérations, mais si l’un de vous en a de meilleures...

Du regard, Elivabros mesure l’approbation de ses propos. Aprilios, le vieux messager a écouté sans broncher les différents points de vue. Se levant, il interpelle le chef de Kronaith.

     - Encore une chose. J’ai aperçu le visage des meurtriers... des borris.

-  Des borris ! Tu en es sûr ?

-

Certain.

 

 

     - Nous voilà partis pour un cours d’Histoire très ancienne ! Lorsque nos ancêtres s’établirent en Keltie, le territoire était très peu peuplé, mais son peuplement très disparate, était essentiellement constitué de gens assez petits et bruns, dont certains avaient des moeurs et des croyances semblables aux nôtres ; ceux-là se mêlèrent à nous en bonne intelligence. D’autres, de moeurs cruelles, consommaient de la chair humaine et à cet effet, sacrifiaient des humains. Nos ancêtres les nommèrent borris, autrement dit « cruels ». Ils les refoulèrent dans des contrées difficiles d’accès ou malsaines. Nous avions l’avantage sur eux, de maîtriser la situation, par la maîtrise des arts de forge, quant ils n’étaient armés que d’épieux, de gourdins et de pierres. Les borris construisirent des villages semblables aux nôtres, copièrent nos savoirs-faire et adoptèrent l’apparence de nos fêtes... Pis encore, ils revendiquent le nom de notre peuple, mais continuent leurs pratiques anthropophages ! Sur leurs cheveux, ils épandent diverses substances afin d’en éclaircir la teinte, mais ils oublient de les laver et sont couverts de vermine ! Enfin, toujours soucieux de se rapprocher de nos apparences, par rapts, à plusieurs reprises ils se procurèrent des femmes blondes ! Pendant des décennies ils se sont tenus à l’écart, mais ils commercent avec les romains et les abusent parfois en se réclamant de nous ! En terre arverne il reste peu de borris, et désormais ils se tiennent tranquilles. Mon avis est que ceux que tu as vus Aprilios, venaient de Narbonnaise et ils étaient commandités par les romains, de connivence avec Gobignatos, lequel s’est arrangé pour qu’aucune garde ne soit montée pendant le repas de la mi-journée, la porte de la ville haute étant ouverte !

- Il est tout aussi possible - dit Elivabros - que des borris comptent au nombre des mercenaires de la garnison de Kwercobie, auquel cas, le sort de Keltil était joué depuis longtemps...

- Non - dit Aprilios - je n’ai jamais remarqué de borris parmi les sentinelles. Le peuple de Kwercobie ne l’aurait pas supporté.

 

- Aprilios, tu as agi comme tu le devais - dit le druide - Tu demeureras parmi nous, et nous te ferons une maison, car si tu retournes, ils te tueront.

- Mes fils, leurs épouses et leurs enfants sont dans Kwercobie. Si je dois vivre, ce sera parmi eux, et s’il me faut périr ce sera près d’eux, et probablement avec eux. Sans peur ni remords, je vais vers mon destin.

- Attends - dit le jeune Smertrios au vieux messager - si tu as reconnu des borris, c’est que tu en as  rencontrés au cours de ta vie...

- Hélas, tu ne te trompes pas ! - répond Aprilios - Nous étions trois jeunes compagnons de Kwercobie, fiers d’étrenner nos armes, partis pour quelques jours au Sud-ouest des terres arvernes... Nous avions la sinistre impression d’être épiés, pourtant, lorsqu’ils nous sont tombés dessus en grand nombre, je n’ai dû mon salut qu’à la fuite... Mes compagnons n’eurent pas cette chance. Kwercobie organisa une expédition punitive. Les borris mâles en âge de combattre furent occis. Aux femmes, enfants et vieillards, il fut ordonné de ne plus consommer de chair humaine, car cette pratique valait qu’on les traite non comme des humains, mais tels des animaux féroces. Des ossements humains disparates, furent retrouvés au centre du village borri.... les ossements de mes compagnons, mangés par les borris... imagine cela Smertrios... J’ignore s’ils ont cessé de dévorer des humains, mais je n’ai pas oublié à quoi ressemble un visage borri...

 

***

 

 

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Texte Libre

 

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Cerf stylisé à la manière celte.

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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