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27 juillet 2012 5 27 /07 /juillet /2012 21:47

 

réincarnation chez les celtes différence entre réincarnation et métempsychose âme celte

 

 

La vie ne finit pas chez les  Celtes.

 

Article de Marie Roca/Ormhael

Auteur des romans celtes : L'Aigle Arverne (Marie Roca) et

Arianrhod (sous pseudonyme Ormhael)

Edition : Ormhael Publication/Orpubli


Pour commander les romans celtes : L'Aigle Arverne et Arianrhod.


Extrait du roman celte : L'Aigle Arverne.

 

 

Image chevalier devant croix celte

 

Pour les Celtes, tout ce qui vit peut se dégrader, se désagréger, disparaître à nos yeux, mais ce qui est physique ne disparaît que dans sa forme, et sert à former d'autres créatures, via les éléments ayant un moment composé un corps, comme le corps humain.

Il semble que les druides aient eu la connaissance de l'atome et de la molécule. Dans les récits, il était question en termes imagés, de : "la farine de l'air".

Par ailleurs, l'esprit de la personne défunte, ou de l'animal, ne disparaît pas avec l'enveloppe charnelle, mais rejoint le monde des ancêtres en attente d'éventuellement se réincarner. Ce monde reçoit de multiples noms, dont : Le cercle des ancêtres, la grande île de l'Ouest ou Antumnos doro, etc.

Pour les guerriers tués au combat, il semble qu'Epona, la cavalière les ait guidés eux et les âmes de leurs chevaux, un peu comme la walkyrie guidait les guerriers vikings morts au combat.

De fait, cet article est juste un petit complément à un article précédent, car il faut bien mettre en évidence que les celtes ne croyaient pas en la métempsychose, comme on le lit souvent, mais en la réincarnation, et là, la nuance doit être établie, et la confusion dissipée.

Le métempsychose est une croyance qui stipule que l'âme d'un humain peut, après la fin de l'enveloppe charnelle humaine, passer dans un corps animal, en s'incarnant dans ce corps animal, à savoir, de la naissance à la mort de l'animal. Il convient de bien retenir cette précision, car elle est importante pour distinguer métempsychose et réincarnation.

La réincarnation à laquelle croyait les celtes anciens, c'est une réincarnation uniquement dans un corps humain nouveau-né, et normalement, dans la tribu ancestrale.

La confusion fut établie à partir des légendes irlandaises surtout, où un héros comme Finn, peut à un moment projeter son esprit, pour une très courte durée, dans un animal, et donc, le faire agir durant ce court laps de temps.

Certains grands sages peuvent parvenir à cette prise de psossession temporaire d'un corps animal existant, étant alors eux en état de méditation profonde, voire, de sommeil. Certains lamas tibétains procèdent de la même façon, et un esprit humain désincarné peut également se servir du corps d'un animal existant, pour faire passer un message. Il peut aussi se glisser dans le tronc d'un arbre vénérable. Dans le roman L'Aigle Arverne, on trouve l'exemple d'un esprit désincarné qui utilise le tronc d'un arbre bien enraciné, pour communiquer avec une personne.

De là vient cette confusion établie.

Pour résumer :

1) La réincarnation c'est lorsqu'une âme humaine ayant déjà vécu, intègre le corps d'un nouveau-né uniquement humain, pour progresser dans une nouvelle existence;

2) La métempsychose ce serait lorsqu'une âme humaine se réincarne dans un corps animal nouveau-nél, et par essence ce n'est pas possible, la vie d'un humain ayant ses paramètres particuliers:

3) Un humain spirituellement très élevé, en état de grande méditation, peut temporairement projeter son âme dans un corps animal existant. La durée de cet "accueil" estcourte.

Trop de documents reproduisent cette confusion que j'espère avoir levée.

Ce qu'il est important de retenir, c'est que pour les Celtes, la vie ne finit pas avec la mort du corps, car la vie est métamorphose par essence.



 

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 15:21

traditions celtes  les arbres chez les celtes  traditions gauloises 

Plantation d'un arbre à la naissance d'un enfant   les celtes et la nature

 

Une superbe tradition  celte : l'arbre-jumeau.

 

Par Marie Roca.

 

 

champ de blé

 

 

Déjà, au sixième siècle avant Jésus-Christ, les Celtes plantaient un arbre lors de la naissance de chacun de leurs enfants.

C'était leur arbre jumeau, celui auquel l'enfant, dès son jeune âge pouvait se confier, et plus tard, demander de coopérer à la guérison de ses problèmes physiques.

Le respect de cette magnifique tradition s'est poursuivie jusque dans les années 1960, dans certaines de nos campagnes françaises.

Encore petit, l'enfant assistait à des plantations d'arbre, et nos ancêtres considéraient cela de la plus haute importance, car l'arbre est le lien entre ciel et terre. Ses racines puisent dans le sol? la force qui fait s'élancer la sève, pour développer tronc et branches élevées vers le ciel.

L'Homme est semblable à l'arbre; d'invisibles racines partant du dessous de ses pieds, de sa voûte justement dite plantaire, et si l'homme se tient droit et étend les bras, il est tel un arbre.

On peut donc considérer que le jumelage de l'enfant à son arbre, assure

un lien entre les aspects divins et terrestres de l'âme,

mais aussi de l'enfant aux éléments :

vent dans les branches ou dans les cheveux, eau reçue par les feuilles et bue par les racines, comme eau reçue lors de la pluie, comme bue pour la vie du corps. Les trois déesses du destin avaient pour réputation de s'asseoir à la base de l'arbre planté au nom de l'enfant, en pourvoyant à la survie de l'arbre et de l'enfant.

 

Les arbres plantés pour la naissance de l'enfant pouvaient être de diverses essences; dans les années soixante, il semble que le poirier ait eu une prédilection, et en cas de problèmes de santé, on s'adossait à son arbre jumeau, où on l'embrassait,dans le sens de l'entourer de ses bras, tout en posant le front sur l'écorce, et bien des guérisons advenaient par une sorte d'absorption du mal par l'arbre jumeau de la personne.

Si vous avez la chance de disposer d'un terrain, songez à planter un arbre lors de la naissance de vos enfants et petits enfants, un arbre tel le poirier est en effet un bon choix, car sa croissance est assez rapide, mais d'autres essences sont puissantes, comme par exemple, le buis.

 

A défaut d'avoir un arbre jumeau, vous pouvez quant à vous vous  choisir un arbre ressource, dans votre proche environnement, un parc, une forêt...

 


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30 octobre 2011 7 30 /10 /octobre /2011 14:50

célébrations celtes  fêtes celtes  samain  origine de la Toussaint  Halloween  traditions celtes le temps hors du temps

 

Voici le temps "hors du temps" de Samain !

 

Article de Marie

 

 

http://tpalsace.files.wordpress.com/2010/11/samain.jpg

 

Je ne vais pas écrire longuement, car l'explication de cette fête est très simple.

C'est l'une des huit grandes fêtes celtes issues de nos ancêtres, selon leur observation de la nature et de ses cycles.

Ces fêtes sont : 

 

Samain, également connue sous le nom de Saman, ou Samon: ne pas prononcer Samain, avec S et Ain à la fin, mais CHAMAINN ou CHAMONN ou encore CHAMANN. On retrouve donc dans ce nom de cette fête dont nous allons parler, un nom qui désigne, le chamane, celui qui a le don de communiquer avec tous les mondes, à savoir celui des esprits des défunts, celui de la divinité, et celui de la mère nature. Avant de vous parler de Samain, voici la liste des autres fêtes, qui sont aussi des célébrations :

Samain, du 31 octobre au 2 novembre

Solstice d'hiver : Alban Arthuan, autrement dit une fête qui fut tournée vers la Grande Ourse, le 21 décembre.

Imbolc : début février.

Equinoxe de printemps : Alban Eller le 21 mars.

Beltaine, également dit Beltane, le 1er mai

Solstice d'été : Alban Heruin, le 21 juin

Lugnassad ; fête de Lug, le 1er Août

Equinoxe d'Automne, Alban Elued le 21 septembre

Le cycle étant bouclé sur le retour à la Samain.

 

Chez nos ancêtres gaulois, celtes, Samain est d'abord un temps hors du temps, reliant l'année qui s'achève à celle qui va commencer. A cette période de l'annéee, le voile est ténu entre les mondes. On prépare son âme à cette mise en relation avec les autres dimensions et surtout avec nos défunts. On peut même entrer en contact avec nos défunts les plus récents, mais cela se fait par ce chamane, qu'est le druide. Chacun prend conscience qu'il est relié au grand tout, et à tout l'univers, et que la mort, n'est qu'un changement d'état, l'âme quittant le corps qui perd ses fonctionnalités, mais demeurant vivante, rejoignant le monde ancestral, un temps plus ou moins long avant une prochaine réincarnation.

Ce temps commence par une célébration druidique le matin, avec une méditation ou chacun se relie à ses ancêtres, à ceux de la communauté du village, et à ses défunts les plus récents. Le soir a lieu une autre célébration, ne réunissant que les personnes âgées d'au-moins quatorze ans révolus. Au cours de cette célébration,il se peut que certains voient leurs récents défunts...

Les deux jours suivants sont davantage consacrés à la fête, aux rires, chants, danses, jeux, et à une sorte d'étrange carnaval où on inverse les choses, comme par exemple, on déplace les clotures, des hommes s'habillent en femmes et inversement, bref, on rigole, parce que la vie, on le sait triomphe toujours de la mort. C'est aussi cela qui fait que ce qui finit se prolonge en fait, tout comme l'année qui finit débouche aussitôt sur celle qui commence, sans qu'on puisse voir où exactement se situe le point de jonction, et c'est pour cela que cette période de trois jours de Samin, est dite hors du temps !

La feuille tombe, se désagrège, mais l'esprit de la feuille demeure et l'arbre en produit de novuelles : "tout ce qui fut demeure !"

 La fin du cycle de la fructification, l'entrée dans la pause hivernale, qui sera confirmée par la célébration du 21 décembre et sa cueillette du gui, s'achèvent sur une note d'espérance et de confiance en ce renouveau qui viendra !

Temps de pause, temps de paix, temps de réconfort et de partage de l'esprit communautaire, fort,  et qui délivre sa force à chacun.

L'Eglise, et vous savez que je distingue toujours l'organisation de l'Eglise et le message christique, récupéra la plupart des fêtes celtes, et on peut dire toutes, pour en faire des fêtes chrétiennes, et c'est particulièrement le cas, pour cette fête de Samain, devenue à la même période, Fête des Saints le 1er Novembre, et fête des morts, le 2 novembre. Toutefois, remarquons que l'Eglise a omis de récupérer ce premier jour de la Samain, le 31 octobre, le plus important des trois pour les celtes ! Pourquoi CET OUBLI , Je suppose que très longtemps les celtes, malgré les romains, les persécutions qu'ils firent, malgré l'Eglise, continuèrent à fêter la Samain, de façon ouverte ou cachée, et l'Eglise ne sut pas la récupérer; on peut aussi penser, que l'Eglise a placé d'abord l'édification à savoir les saints, puis les morts, en pensant  que les celtes laisseraient leur propre célébration... Ce ne fut pas le cas partout !

Les irlandais gardèrent le carnaval qu'ils faisaient à ce moment, et beaucoup d'entre eux migrèrent aux USA, où cette fête fut commercialement récupérée, avec forte accentuation d'une aspect macabre qu'elle n'avait pas vraiment à l'origine.

Je vous ajoute, dans un autre article, un poème écrit pour la Samain.

Tout ce qui fut demeure, et vous êtes et vous serez.



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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 02:15

Littérature française   nouvelle de Jean Giono  L'homme qui plantait des arbres

 texte écologique  nouvelle écologique  écologie celtique

vidéo l'Homme qui plantait des arbres de Giono



L'homme qui plantait des arbres

Nouvelle de Jean Giono
1895-1970

Après le texte, superbes vidéos animées sur ce texte.
Sans modération, à lire et voir !
Magnifique et écologique à souhait !

     Pour que le caractère d'un être humain dévoile des qualités vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir observer son action pendant de longues années. Si cette action est dépouillée de tout égoïsme, si l'idée qui la dirige est d'une générosité sans exemple, s'il est absolument certain qu'elle n'a cherché de récompense nulle part et qu'au surplus elle ait laissé sur le monde des marques visibles, on est alors, sans risque d'erreurs, devant un caractère inoubliable.

     Il y a environ une quarantaine d'années, je faisais une longue course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.
     Cette région est délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la Durance, entre Sisteron et Mirabeau; au nord par le cours supérieur de la Drôme, depuis sa source jusqu'à Die; à l'ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont-Ventoux. Elle comprend toute la partie nord du département des Basses-Alpes, le sud de la Drôme et une petite enclave du Vaucluse.
     C'était, au moment où j'entrepris ma longue promenade dans ces déserts, des landes nues et monotones, vers 1200 à 1300 mètres d'altitude. Il n'y poussait que des lavandes sauvages.
     Je traversais ce pays dans sa plus grande largeur et, après trois jours de marche, je me trouvais dans une désolation sans exemple. Je campais à côté d'un squelette de village abandonné. Je n'avais plus d'eau depuis la veille et il me fallait en trouver. Ces maisons agglomérées, quoique en ruine, comme un vieux nid de guêpes, me firent penser qu'il avait dû y avoir là, dans le temps, une fontaine ou un puits. Il y avait bien une fontaine, mais sèche. Les cinq à six maisons, sans toiture, rongées de vent et de pluie, la petite chapelle au clocher écroulé, étaient rangées comme le sont les maisons et les chapelles dans les villages vivants, mais toute vie avait disparu.

     C'était un beau jour de juin avec grand soleil, mais sur ces terres sans abri et hautes dans le ciel, le vent soufflait avec une brutalité insupportable. Ses grondements dans les carcasses des maisons étaient ceux d'un fauve dérangé dans son repas.
     Il me fallut lever le camp. A cinq heures de marche de là, je n'avais toujours pas trouvé d'eau et rien ne pouvait me donner l'espoir d'en trouver. C'était partout la même sécheresse, les mêmes herbes ligneuses. Il me sembla apercevoir dans le lointain une petite silhouette noire, debout. Je la pris pour le tronc d'un arbre solitaire. A tout hasard, je me dirigeai vers elle. C'était un berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre brûlante se reposaient près de lui.
     Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau - excellente - d'un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait installé un treuil rudimentaire.

     Cet homme parlait peu. C'est le fait des solitaires, mais on le sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C'était insolite dans ce pays dépouillé de tout. Il n'habitait pas une cabane mais une vraie maison en pierre où l'on voyait très bien comment son travail personnel avait rapiécé la ruine qu'il avait trouvé là à son arrivée. Son toit était solide et étanche. Le vent qui le frappait faisait sur les tuiles le bruit de la mer sur les plages.
     Son ménage était en ordre, sa vaisselle lavée, son parquet balayé, son fusil graissé; sa soupe bouillait sur le feu. Je remarquai alors qu'il était aussi rasé de frais, que tous ses boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.
     Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma blague à tabac, il me dit qu'il ne fumait pas. Son chien, silencieux comme lui, était bienveillant sans bassesse.

     Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit là; le village le plus proche était encore à plus d'une journée et demie de marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les uns des autres sur les flans de ces hauteurs, dans les taillis de chênes blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où l'on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce climat qui est d'une rudesse excessive, aussi bien l'été que l'hiver, exaspèrent leur égoïsme en vase clos. L'ambition irraisonnée s'y démesure, dans le désir continu de s'échapper de cet endroit.
     Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs camions, puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancoeurs. Il y a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le banc à l'église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de folies, presque toujours meurtrières.

     Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l'un après l'autre avec beaucoup d'attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais ma pipe. Je me proposai pour l'aider. Il me dit que c'était son affaire. En effet : voyant le soin qu'il mettait à ce travail, je n'insistai pas. Ce fut toute notre conversation. Quand il eut du côté des bons un tas de glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui cent glands parfaits, il s'arrêta et nous allâmes nous coucher.
     La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le trouva tout naturel, ou, plus exactement, il me donna l'impression que rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m'était pas absolument obligatoire, mais j'étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir son troupeau et il le mena à la pâture. Avant de partir, il trempa dans un seau d'eau le petit sac où il avait mis les glands soigneusement choisis et comptés.

     Je remarquai qu'en guise de bâton, il emportait une tringle de fer grosse comme le pouce et longue d'environ un mètre cinquante. Je fis celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la sienne. La pâture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l'endroit où je me tenais. J'eus peur qu'il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais pas du tout : c'était sa route et il m'invita à l'accompagner si je n'avais rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.
     Arrivé à l'endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui demandai si la terre lui appartenait. Il me répondit que non. Savait-il à qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c'était une terre communale, ou peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s'en souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

     Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis, je crois, assez d'insistance dans mes questions puisqu'il y répondit. Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de tout ce qu'il y a d'impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n'y avait rien auparavant.
 
     C'est à ce moment là que je me souciai de l'âge de cet homme. Il avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il s'appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les plaines. Il y avait réalisé sa vie. Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s'était retiré dans la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d'arbres. Il ajouta que, n'ayant pas d'occupations très importantes, il avait résolu de remédier à cet état de choses.
 
     Menant moi-même à ce moment-là, malgré mon jeune âge, une vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux âmes des solitaires. Cependant, je commis une faute. Mon jeune âge, précisément, me forçait à imaginer l'avenir en fonction de moi-même et d'une certaine recherche du bonheur. Je lui dis que, dans trente ans, ces dix mille chênes seraient magnifiques. Il me répondit très simplement que, si Dieu lui prêtait vie, dans trente ans, il en aurait planté tellement d'autres que ces dix mille seraient comme une goutte d'eau dans la mer.
     Il étudiait déjà, d'ailleurs, la reproduction des hêtres et il avait près de sa maison une pépinière issue des faînes. Les sujets qu'il avait protégés de ses moutons par une barrière en grillage, étaient de toute beauté. Il pensait également à des bouleaux pour les fonds où, me dit-il, une certaine humidité dormait à quelques mètres de la surface du sol.
     Nous nous séparâmes le lendemain.

     L'année d'après, il y eut la guerre de 14 dans laquelle je fus engagé pendant cinq ans. Un soldat d'infanterie ne pouvait guère y réfléchir à des arbres. A dire vrai, la chose même n'avait pas marqué en moi : je l'avais considérée comme un dada, une collection de timbres, et oubliée.
     Sorti de la guerre, je me trouvais à la tête d'une prime de démobilisation minuscule mais avec le grand désir de respirer un peu d'air pur. C'est sans idée préconçue - sauf celle-là - que je repris le chemin de ces contrées désertes.
     Le pays n'avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort, j'aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m'étais remis à penser à ce berger planteur d'arbres. « Dix mille chênes, me disais-je, occupent vraiment un très large espace ».
     J'avais vu mourir trop de monde pendant cinq ans pour ne pas imaginer facilement la mort d'Elzéar Bouffier, d'autant que, lorsqu'on en a vingt, on considère les hommes de cinquante comme des vieillards à qui il ne reste plus qu'à mourir. Il n'était pas mort. Il était même fort vert. Il avait changé de métier. Il ne possédait plus que quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. Il s'était débarrassé des moutons qui mettaient en péril ses plantations d'arbres. Car, me dit-il (et je le constatais), il ne s'était pas du tout soucié de la guerre. Il avait imperturbablement continué à planter.
 
     Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J'étais littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle avait, en trois tronçons, onze kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur. Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme - sans moyens techniques - on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction.
     Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m'arrivaient aux épaules, répandus à perte de vue, en témoignaient. Les chênes étaient drus et avaient dépassé l'âge où ils étaient à la merci des rongeurs; quant aux desseins de la Providence elle-même, pour détruire l'oeuvre créée, il lui faudrait avoir désormais recours aux cyclones. Il me montra d'admirables bosquets de bouleaux qui dataient de cinq ans, c'est-à-dire de 1915, de l'époque où je combattais à Verdun. Il leur avait fait occuper tous les fonds où il soupçonnait, avec juste raison, qu'il y avait de l'humidité presque à fleur de terre. Ils étaient tendres comme des adolescents et très décidés.
     La création avait l'air, d'ailleurs, de s'opérer en chaînes. Il ne s'en souciait pas; il poursuivait obstinément sa tâche, très simple. Mais en redescendant par le village, je vis couler de l'eau dans des ruisseaux qui, de mémoire d'homme, avaient toujours été à sec. C'était la plus formidable opération de réaction qu'il m'ait été donné de voir. Ces ruisseaux secs avaient jadis porté de l'eau, dans des temps très anciens. Certains de ces villages tristes dont j'ai parlé au début de mon récit s'étaient construits sur les emplacements d'anciens villages gallo-romains dont il restait encore des traces, dans lesquelles les archéologues avaient fouillé et ils avaient trouvé des hameçons à des endroits où au vingtième siècle, on était obligé d'avoir recours à des citernes pour avoir un peu d'eau.
     Le vent aussi dispersait certaines graines. En même temps que l'eau réapparut réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de vivre.
     Mais la transformation s'opérait si lentement qu'elle entrait dans l'habitude sans provoquer d'étonnement. Les chasseurs qui montaient dans les solitudes à la poursuite des lièvres ou des sangliers avaient bien constaté le foisonnement des petits arbres mais ils l'avaient mis sur le compte des malices naturelles de la terre. C'est pourquoi personne ne touchait à l'oeuvre de cet homme. Si on l'avait soupçonné, on l'aurait contrarié. Il était insoupçonnable. Qui aurait pu imaginer, dans les villages et dans les administrations, une telle obstination dans la générosité la plus magnifique ?

     A partir de 1920, je ne suis jamais resté plus d'un an sans rendre visite à Elzéard Bouffier. Je ne l'ai jamais vu fléchir ni douter. Et pourtant, Dieu sait si Dieu même y pousse ! Je n'ai pas fait le compte de ses déboires. On imagine bien cependant que, pour une réussite semblable, il a fallu vaincre l'adversité; que, pour assurer la victoire d'une telle passion, il a fallu lutter avec le désespoir. Il avait, pendant un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous. L'an d'après, il abandonna les érables pour reprendre les hêtres qui réussirent encore mieux que les chênes.
     Pour avoir une idée à peu près exacte de ce caractère exceptionnel, il ne faut pas oublier qu'il s'exerçait dans une solitude totale; si totale que, vers la fin de sa vie, il avait perdu l'habitude de parler. Ou, peut-être, n'en voyait-il pas la nécessité ?

     En 1933, il reçut la visite d'un garde forestier éberlué. Ce fonctionnaire lui intima l'ordre de ne pas faire de feu dehors, de peur de mettre en danger la croissance de cette forêt naturelle. C'était la première fois, lui dit cet homme naïf, qu'on voyait une forêt pousser toute seule. A cette époque, il allait planter des hêtres à douze kilomètres de sa maison. Pour s'éviter le trajet d'aller-retour - car il avait alors soixante-quinze ans - il envisageait de construire une cabane de pierre sur les lieux mêmes de ses plantations. Ce qu'il fit l'année d'après.

     En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner la « forêt naturelle ». Il y avait un grand personnage des Eaux et Forêts, un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles. On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien, sinon la seule chose utile : mettre la forêt sous la sauvegarde de l'Etat et interdire qu'on vienne y charbonner. Car il était impossible de n'être pas subjugué par la beauté de ces jeunes arbres en pleine santé. Et elle exerça son pouvoir de séduction sur le député lui-même.
     J'avais un ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui expliquai le mystère. Un jour de la semaine d'après, nous allâmes tous les deux à la recherche d'Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein travail, à vingt kilomètres de l'endroit où avait eu lieu l'inspection.
     Ce capitaine forestier n'était pas mon ami pour rien. Il connaissait la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J'offris les quelques oeufs que j'avais apportés en présent. Nous partageâmes notre casse-croûte en trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du paysage.
     Le côté d'où nous venions était couvert d'arbres de six à sept mètres de haut. Je me souvenais de l'aspect du pays en 1913 : le désert... Le travail paisible et régulier, l'air vif des hauteurs, la frugalité et surtout la sérénité de l'âme avaient donné à ce vieillard une santé presque solennelle. C'était un athlète de Dieu. Je me demandais combien d'hectares il allait encore couvrir d'arbres.
     Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à propos de certaines essences auxquelles le terrain d'ici paraissait devoir convenir. Il n'insista pas. « Pour la bonne raison, me dit-il après, que ce bonhomme en sait plus que moi. » Au bout d'une heure de marche - l'idée ayant fait son chemin en lui - il ajouta : « Il en sait beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d'être heureux ! »
     C'est grâce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes-forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu'ils restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les bûcherons pouvaient proposer.

     L'oeuvre ne courut un risque grave que pendant la guerre de 1939. Les automobiles marchant alors au gazogène, on n'avait jamais assez de bois. On commença à faire des coupes dans les chênes de 1910, mais ces quartiers sont si loin de tous réseaux routiers que l'entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier. On l'abandonna. Le berger n'avait rien vu. Il était à trente kilomètres de là, continuant paisiblement sa besogne, ignorant la guerre de 39 comme il avait ignoré la guerre de 14.

     J'ai vu Elzéard Bouffier pour la dernière fois en juin 1945. Il avait alors quatre-vingt-sept ans. J'avais donc repris la route du désert, mais maintenant, malgré le délabrement dans lequel la guerre avait laissé le pays, il y avait un car qui faisait le service entre la vallée de la Durance et la montagne. Je mis sur le compte de ce moyen de transport relativement rapide le fait que je ne reconnaissais plus les lieux de mes dernières promenades. Il me semblait aussi que l'itinéraire me faisait passer par des endroits nouveaux. J'eus besoin d'un nom de village pour conclure que j'étais bien cependant dans cette région jadis en ruine et désolée. Le car me débarqua à Vergons.
 
     En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants. Ils étaient sauvages, se détestaient, vivaient de chasse au piège : à peu près dans l'état physique et moral des hommes de la préhistoire. Les orties dévoraient autour d'eux les maisons abandonnées. Leur condition était sans espoir. Il ne s'agissait pour eux que d'attendre la mort : situation qui ne prédispose guère aux vertus.

     Tout était changé. L'air lui-même. Au lieu des bourrasques sèches et brutales qui m'accueillaient jadis, soufflait une brise souple chargée d'odeurs. Un bruit semblable à celui de l'eau venait des hauteurs : c'était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose plus étonnante, j'entendis le vrai bruit de l'eau coulant dans un bassin. Je vis qu'on avait fait une fontaine, qu'elle était abondante et, ce qui me toucha le plus, on avait planté près d'elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d'une résurrection.

     Par ailleurs, Vergons portait les traces d'un travail pour l'entreprise duquel l'espoir était nécessaire. L'espoir était donc revenu. On avait déblayé les ruines, abattu les pans de murs délabrés et reconstruit cinq maisons. Le hameau comptait désormais vingt-huit habitants dont quatre jeunes ménages. Les maisons neuves, crépies de frais, étaient entourées de jardins potagers où poussaient, mélangés mais alignés, les légumes et les fleurs, les choux et les rosiers, les poireaux et les gueules-de-loup, les céleris et les anémones. C'était désormais un endroit où l'on avait envie d'habiter.
     A partir de là, je fis mon chemin à pied. La guerre dont nous sortions à peine n'avait pas permis l'épanouissement complet de la vie, mais Lazare était hors du tombeau. Sur les flans abaissés de la montagne, je voyais de petits champs d'orge et de seigle en herbe; au fond des étroites vallées, quelques prairies verdissaient.

     Il n'a fallu que les huit ans qui nous séparent de cette époque pour que tout le pays resplendisse de santé et d'aisance. Sur l'emplacement des ruines que j'avais vues en 1913, s'élèvent maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies et les neiges que retiennent les forêts, se sont remises à couler. On en a canalisé les eaux. A côté de chaque ferme, dans des bosquets d'érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population venue des plaines où la terre se vend cher s'est fixée dans le pays, y apportant de la jeunesse, du mouvement, de l'esprit d'aventure. On rencontre dans les chemins des hommes et des femmes bien nourris, des garçons et des filles qui savent rire et ont repris goût aux fêtes campagnardes. Si on compte l'ancienne population, méconnaissable depuis qu'elle vit avec douceur et les nouveaux venus, plus de dix mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier.

     Quand je réfléchis qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais, quand je fais le compte de tout ce qu'il a fallu de constance dans la grandeur d'âme et d'acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d'un immense respect pour ce vieux paysan sans culture qui a su mener à bien cette oeuvre digne de Dieu.

     Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l'hospice de Banon.

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 02:27

 

Le chêne arbre sacré chez les celtes  traditions celtes  traditions gauloises

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Histoire de France  Histoire d'Europe

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Nos traditions : le chêne, arbre sacré.

 

Cet article est emprunté au site Communauté gauloise :

  http://www.cgauloise.com

Proposé par Pierre et Aline

 

Nos traditions : le chêne, arbre sacréé

« Les Celtes rendent un culte à Zeus, mais l’image de Zeus, chez les Celtes, est un grand chêne ».
Maxime de Tyr, IIème siècle ap. J.-C.

Chez les peuples indo-européens, la sacralité des arbres occupe une place privilégiée au cœur des représentations symboliques. 
D’une manière générale, pour les sociétés agro-pastorales des régions tempérées, l’arbre et la forêt servaient de refuge, offraient l’alimentation pour les hommes et le bétail, ainsi que du bois de chauffage et de construction. Probablement très tôt, dès le Néolithique et l’Âge du Bronze, les peuples d’Europe conférèrent une valeur particulière à certains individus particulièrement grands, solides ou âgés (comme pour l’Irminsul saxon, attesté pour l’époque de Charlemagne). De là, l’arbre devint souvent une image du centre du monde, de l’axe même du monde reliant les trois niveaux inférieur, médian et supérieur (l’arbre cosmique attesté dans plusieurs mythologies, comme l’Yggdrasil scandinave), puisqu’il plonge ses racines profondément dans la Terre, élance ses branches vers le ciel, comme pour le soutenir ; à une échelle plus petite, l’arbre était souvent associé à la symbolique du centre des territoires ethniques, le mediolanum des Celtes, littéralement « le milieu de la plaine », devenu le nom de nombreuses cités du monde celte (Melun, Meylan, Mâlains, Milan, etc.).
Chez les Celtes anciens, c’est, parmi toutes les essences d’arbres, le chêne qui revêtait semble-t-il une importance particulière : les textes légendaires irlandais du Moyen-âge évoquent encore la tradition selon laquelle l’intronisation royale se faisait toujours auprès d’un arbre sacré, le plus souvent un chêne, dont la longévité et la robustesse étaient gage de réussite (M. J. Green).

Outre celui de Maxime de Tyr, le témoignage le plus explicite qui nous soit parvenu de la très ancienne sacralité du chêne est un célèbre texte de Pline l’Ancien (un érudit romain de la seconde moitié du Ier siècle ap. J.-C.), dans lequel il décrit la religion des Gaulois et s’intéresse en particulier aux pratiques des druides. Voici ce qu’écrit Pline [1] :
«
Les druides (c’est ainsi qu’ils appellent leurs mages) n’ont rien de plus sacré que le gui et l’arbre dans lequel il croît, à condition que celui-ci soit un rouvre
[2]. Or, c’est déjà pour lui-même qu’ils choisissent le rouvre pour leurs bois sacrés et ils n’accomplissent aucun acte sacré sans son feuillage, de telle sorte qu’on pourrait considérer que les druides sont appelés ainsi d’après la traduction grecque[3]. C’est un fait qu’ils pensent que tout ce qui pousse sur ces chênes est d’origine céleste et que c’est le signe que l’arbre a été choisi par le dieu lui-même. Il est tout à fait rare de trouver le gui dans ces conditions (…) » [suit la description de la cueillette et des propriétés du gui].
Le chêne, manifestation de la force


exclue, beaucoup de savants se sont accordés sur l’idée d’un rapport entre le chêne et le nom du druide, en supposant que
dru-correspondait à un nom celte du chêne,d(e)rva, dont on retrouve la trace dans le nom de Drevant, localité du Cher où se trouvait un important sanctuaire d’époque gallo-romaine. Le suffixe–uidede « druide » doit très probablement être rapproché d’une racine indo-européenne*-weid, « voir », « savoir » (cf. anglaiswise, « guider », « sage » ; latinuideo, « voir ») : les druides sont les dépositaires d’un savoir, d’une sagesse. On a alors parfois conclu que les druides étaient ceux qui étaient « savant par le chêne ». Maisdru-a aussi été rapproché d’un terme indo-européen,*de/orwet *drew, signifiant l’idée de force, de résistance, que l’on retrouve dans notre français « dru » (« épais, serré, touffu ») et dans l’allemand «treu» (« fidèle ») : on a alors compris « druide » comme « les très savants ».
En fait, les deux explications ne s’excluent pas (E. Benveniste, J.-L. Brunaux): la racine européenne qui a d’abord servi à désigner la force, la puissance, la résistance, a dans plusieurs langues européennes, dans les régions où le chêne était omniprésent, servi à désigner cet arbre qui est apparu comme la meilleure expression matérielle de ces qualités. Dans le même temps, la racine a donné lieu à un lexique désignant certaines qualités telles que la force ou la fidélité ; en gaulois,dervapour le chêne (on retrouve cette racine dans le nom de la forêt du Der, en Champagne),drutos pour « résistant ». Les Gaulois pouvaient parfaitement assimiler les deux termes qui renvoyaient l’un et l’autre à une même sphère de pensée, la force abstraite et le chêne comme manifestation vivante de la force. Les druides seraient donc « ceux qui ont une connaissance forte à l’image du chêne ». En tout cas, sagesse, force vivante et chêne s’associaient étroitement dans le terme qui servait à désigner le principal prêtre gaulois à époque historique.

La symbolique du feuillage

Le texte de Pline montre aussi l’omniprésence du feuillage de chêne dans les rites gaulois. Elle trouve une attestation remarquable dans le décor de l’autel des Trois Gaules (relevé ci-contre), édifice bâti au Confluent, sur le site de Lyon, vers 15-12 av. J.-C., alors que l’empereur Auguste se chargeait d’organiser l’administration et la défense des provinces gauloises, conquises par son père adoptif César une génération plus tôt. L’autel, construit à l’instigation des aristocrates de toute la Gaule, ainsi que le culte annuel institué, devaient manifester la fidélité des Gaulois à Rome et l’attachement au nouveau régime impérial d’Auguste. Directement inspiré des autels de type romain, celui du Confluent a pourtant un décor de guirlandes de feuilles de chêne, et non de guirlandes ou de rinceaux de lierre ou d’acanthe comme sur les autels romains dont il a pourtant repris la forme (E. Rosso). Il ne fait donc aucun doute que depuis une époque ancienne, couronnes et guirlandes de chêne devaient orner les sanctuaires gaulois, notamment lors des cérémonies.

Le dieu-chêne

La sacralité du chêne a laissé, à côté dederva, d’autres traces dans la langue gauloise et dans la toponymie française, attestant ainsi de nombreux lieux où l’on vénérait la puissance d’un dieu-chêne, que le Grec Maxime de Tyr identifia à Zeus. Il existait, dans la langue gauloise, de nombreux termes pour désigner le chêne. Tout d’abord,cassano, racine de notre « chêne » (ancien français « chesne »), dont l’origine est peut-être pré-celtique, mais qui fut très tôt annexé au gaulois (J. Lacroix). L’appartenance du terme à la sphère sacrée et symbolique explique qu’il se soit conservé à travers la latinisation, le latinquercusn’ayant jamais pénétré la Gaule. De très nombreux toponymes français sont formés surcassano, dont certains, remontant à l’époque antique, conservent le souvenir d’un lieu où des chênes, non seulement marquaient le paysage, mais encore avaient une valeur religieuse. C’est par exemple le cas de Chassenon, l’antique Cassiomagus, dans les Charentes. Littéralement, le nom ancien signifie « le marché aux chênes » et comme souvent, cette place de commerce fut associée à un centre cultuel. Aux marges des territoires des Pictons, des Santons et des Lémovices, le marché comme le sanctuaire devaient être fréquentés par ces différents peuples. Il reste aujourd’hui de ce sanctuaire d’importants vestiges d’époque gallo-romaine (ex-voto, temples, thermes et théâtre), qui montrent la permanence de la sacralité du lieu. A une cinquantaine de kilomètres de là, à Angoulême, est d’ailleurs attestée une inscription en latin avec une dédicace au dieu Rouvre[4], témoin explicite du culte rendu à un dieu-chêne. Ce culte se tenait vraisemblablement dans unnemeton, ces enclos ou bosquets sacrés de la tradition gauloise, équivalent dufidnemed des Irlandais.

D’autres vocables gaulois désignaient le chêne :ercu, qui a donné Ercuis dans l’Oise, Ercé-en-Lamée et Ercé-près-Liffré en Bretagne, où une légende évoquait encore, au XIXème siècle, un chêne magique vénéré près d’une fontaine. Les massifs hercyniens, ces montagnes de faible ou moyenne altitude où le chêne abonde, comme les Ardennes, les Vosges ou le Massif Central, doivent également leur nom au termeercu. Ce dernier remonte à un indo-européen *perquos, qui se rapportait à l’idée de frapper : le chêne est l’arbre qui par sa taille est souvent frappé par la foudre, signe manifeste d’une relation privilégiée avec le divin. La divinisation du chêne trouve un écho particulier dans les Pyrénées. Cette montagne, réputée pour la violence de ses orages, a livré des inscriptions d’époque gallo-romaine qui mentionnent un dieu Erge ou Erce et, parfois, portent un svastika, symbole solaire, comme la rouelle, fréquemment associé au Jupiter-Taranis. On comprend alors l’affirmation de Maxime de Tyr : les Celtes vénéraient Zeus (Taranis), qui souvent prenait la forme d’un chêne (l’arbre-puissance souvent frappé par la foudre du dieu céleste). Le hêtre (ou fayard dans de nombreuses langues régionales, latinfagus, gauloisbacus) a d’ailleurs pu faire l’objet d’une sacralisation similaire (B. Sergent) : on vénérait undeus Fagus(dieu fayard) en Comminges[5], undeus Bacusà Chalon-sur-Saône[6]; proche du chêne, le hêtre a pu lui aussi être assimilé au dieu souverain, garant de force et de longévité.
En somme, l’importance du chêne dans la langue et le symbolisme des Gaulois explique que le latinquercus n’ait pas pénétré en Gaule[7]et se marquait par l’omniprésence de lieux sacrés dédiés au chêne.

Une sacralisation dans la longue durée

Cette tradition est-elle morte avec l’effacement progressif des langues celtes sur le continent ? Il suffit pour se convaincre du contraire de se reporter au récit de la vie de Saint-Louis (1226-1270) par Jean de Joinville, dans laquelle rien n’est laissé au hasard, chaque détail prenant du sens dans le cadre d’une riche symbolique : le roi rendait la justice sous un grand chêne. Que Louis IX ait réellement tenu des audiences sous cet arbre, ou que cela soit une invention de l’hagiographe, ce passage révèle que le caractère sacré du chêne s’est préservé pendant des siècles après la fin de l’Antiquité, et fait écho aux cérémonies celtiques d’intronisation princières. Enfin, on ne pourra que s’émouvoir de ces chênes auxquels la tradition populaire accordait des vertus surnaturelles, dont certains furent convertis en lieux de cultes chrétiens, comme le chêne-chapelle d’Allouville (Normandie), ou le Gros Chêne et sa chapelle en forêt du Haguenau (Alsace), lointains parents du dieu-chêne de Zeus-Taranis. Les civilisations ont la vie dure.


Le chêne-chapelle d'Allouville-Bellefosse, en Seine-Maritime


Arthur Lamarche.


Bibliographie

- E. Benveniste,Le vocabulaire des institutions indo-européennes, Paris, 1969.

- M. J. Green,Mythes celtiques, Paris, 1995, p. 98-99.

- V. Kruta, "Arbres sacrés", dansLes Celtes, histoire et dictionnaire, p. 422.

- J.-L. Brunaux,Les druides, des philosophes chez les barbares, Paris, 2006, p. 101-105.

- J. Lacroix,Les noms d'origine gauloise, III,La Gaule des dieux, Editions Errance, Paris, 2007, p. 23-28.

- E. Rosso, Les hommages rendus à Caius et Lucius Caesar dans les provinces gauloises et alpines, dansL’expression du pouvoir au début de l’Empire. Autour de la Maison Carrée à Nîmes,Editions Errance, Paris, 2009, p. 102.

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Notes


[1] Histoire Naturelle, Livre XVI, 95.249.
[2] Le rouvre est une espèce de chêne qui pousse dans les forêts sèches, sur des sols calcaires.
[3] En effet, en grec le chêne se dit « drus ». Cette étymologie helléno-centrée n’est cependant pas acceptable.
[4] CIL, XIII, 1112 : deo Robori.
[5] CIL, XIII, 33, 223-225.
[6] CIL, XIII, 2603.
[7] Le chêne a pu aussi avoir une valeur sacrée particulière dans la religion romaine archaïque, comme le suggère le nom de l’une des sept collines de Rome, le Querquetulanus (« Colline-au-chêne »), ancien nom du Caelius.

Les vestiges du Gros Chêne et sa chapelle, en forêt du Haguenau, Bas-Rhin
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